Les cosmétiques à l'ADN végétal

Que voilà un attrape-nigauds qui sonne sérieux, scientifique et innovateur : le cosmétique, la crème anti-rides ou "anti-âge" à l'ADN végétal pour "Relancer l'activité cellulaire de votre peau et la rajeunir, la rendre plus résistante, plus tonique et plus ferme grâce aux propriétés régénérantes de l'ADN Végétal " assène le slogan. Comment ? Facile : "L'ADN végétal est le tout premier principe de vie cellulaire. Il contient toutes les ressources pour relancer l'activité cellulaire de votre peau. Grâce à l'ADN végétal, une vie nouvelle agit au coeur de votre peau : elle renaît en continu". Comme toujours, l'entrée en matière, l'argument premier, est vrai (L'ADN végétal est le tout premier principe de vie cellulaire) si l'on considère que le végétal fut la première source de vie sur terre, pour ensuite glisser vers un second qui est faux et vrai à la fois (Il contient toutes les ressources pour relancer l'activité cellulaire de votre peau) car si l'ADN est effectivement une ressource de l'activité cellulaire quelle qu'elle soit, dont l'ADN des végétaux que nous absorbons fait partie, il ne contient "pas toutes les ressources" loin de là et l'appliquer sur la peau ne sert strictement à rien.

L'ADN (Acide Désoxyribonucléique) ingéré lorsque nous consommons des végétaux ou de la viande, est vite dégradé en nucléotides que nous réutilisons pour fabriquer notre propre ADN, il ne peut donc pas constituer une ressource à lui tout seul, tout le processus de digestion étant nécessaire pour ce faire, et notamment l'action d'enzymes, pour ensuite qu'une toute petite part passe dans le sang avant d'être totalement dégradée. Un ADN est bien incapable à lui tout seul de "Régénérer ou renouveler une cellule" même de la peau. Ajoutons que si une crème venait à pénétrer dans le système sanguin, celle-ci entrerait dans le domaine des médicaments, et devrait de ce fait subir la batterie de tests cliniques obligatoires (que ne passent jamais ce genre d'attrape-nigauds) afin d'obtenir une Autorisation de Mise sur le Marché tout en prouvant son efficacité et son innocuité.

Enfin, toute crème réalisée à base de plante ou de légume contient de l'ADN (celui de l'organisme utilisé : carotte, soja, ortie, etc). Il ne s'agit donc pas d'une "découverte majeure dans le monde cosmétique", ni d'une nouveauté, seulement d'un coup de pub. Il est en outre assez cocasse de voir que ceux qui poussent des cris d'orfraie lorsqu'on évoque la possibilité de retrouver des OGM dans leur assiette, ne s'offusquent pas de s'appliquer sur la peau des substances dont la communication (et la communication seulement) s'appuie sur un processus tout à fait identique à celui d'une transgenèse ! Sans compter le risque d'allergies possible non maîtrisé, surtout quand l'origine du produit, i.e. le végétal le constituant, est inconnu.

Cosmétique efficace pour rester jeune ? Non, du tout. Pour régénérer la peau ? Encore moins. Publicité mensongère ? Certainement. Mais surtout, un discours volontairement abscons et trop "technique" pour en décourager plus d'une à aller vérifier la véracité des assertions. Les mots magiques ici sont ceux d'ADN et de cellule, dont très peu de personnes connaissent en réalité le mode de fonctionnement, mais qui feront trop facilement confiance en des sociétés racontant n'importe quoi, affublées du titre pompeux de "laboratoire" et qui auraient donc simplifié un processus pourtant compliqué de génie génétique dans une simple crème.