Les alicaments

Margarine contre le cholestérol, yaourts pour combattre l'insomnie, lait enrichit au magnésium et autres oligo-éléments ou jus de fruits multivitaminés... les "alicaments", sensés nourrir et soigner en même temps, font un tabac auprès des consommateurs mais délestent aussi leur porte-monnaie. Incités tous les jours par les revues, publicités et industriels à manger sainement pour prévenir carence et déficience, les consommateurs sont à l'affût de tous les produits alimentaires susceptibles d'améliorer leur santé ou de préserver leur jeunesse. Les aliments fonctionnels ou "alicaments", contraction d'aliment et de médicament, sont des aliments artificiellement enrichis en nutriments divers (par exemple: les céréales ou le lait auxquels on ajoute des vitamines ou du magnésium).

Ces produits, vendus nettement plus chers que des aliments de base, font le bonheur des entreprises agroalimentaires qui ont saisi ce filon particulièrement rentable. Les rayons des magasins regorgent d'alicaments, il n'a jamais été prouvé que la santé des consommateurs était meilleure depuis qu'ils absorbaient ces produits, celle des entreprises agroalimentaires qui les vendent, en revanche, ne fait aucun doute. Lors des derniers salons de l'alimentation, on peut découvrir sur différents stands nombre de produits "riches en Omega 3, Omega 6, fibres, calcium, protéines, minéraux, multivitaminés" ou bien encore "exerçant une influence positive sur le taux de cholestérol".

Mais tous ces aliments santé sont aussi considérés comme superflus. Ils "n'ont aucun véritable intérêt puisqu'il n'y a plus de carence en vitamine ou en minéraux dans la majeure partie de la population française, hormis ponctuellement chez les personnes âgées ou les femmes enceintes", a déclaré Olivier Andrault, directeur scientifique de l'association de consommateurs, Consommation, Logement et Cadre de vie (CLCV). Pointant du doigt le danger actuel de taux excessifs de matière grasse et de sucre dans les aliments entraînant surpoids et obésité, M. Andrault considère que les fabricants apporteraient "une véritable contribution positive" en s'impliquant dans ce domaine. Autre inconvénient, le flou entretenu sur la contribution du produit à la santé. Ainsi, pour un produit sensé accroître les défenses immunitaires, "on ne peut savoir si cela est à hauteur de 0,5% ou de 50%". D'où la demande du CLCV que soit défini réglementairement "le niveau minimum à partir duquel on peut considérer qu'un produit a un effet notable".

Les fabricants ne peuvent cependant mentionner n'importe quoi sur leur produit1. Les experts de la direction de concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) sont là pour veiller au grain et contester toute publicité mensongère ou caution scientifique usurpée. Un aliment ne peut, selon la loi, revendiquer des fonctions thérapeutiques. Il peut contribuer à agir sur un symptôme mais ne peut prévenir une maladie. Pas question de trouver une boisson "prévenant contre le cancer" ou un aliment "agissant sur votre grippe" comme osent le prétendre trop souvent les charlatans.

1 - Questions réponses : les allégations.

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